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POINTS DE VUE ET RÉFLEXION


31 Janvier 2005

Sur cette page

Libre opinion sur la Déclaration de Port-au-Prince de l'Internationale Socialiste
Déclaration de Port-au-Prince de l'Internationale Socialiste
Observations sur la Déclaration du Conseil de Sécurité
Déclaration du Conseil de Sécurité sur Haïti
Le débat sur la question du protectorat
Le président intérimaire tend la main aux bailleurs de fonds

Libre opinion sur la Déclaration de Port-au-Prince

de l'Internationale Socialiste

Pierre Rodrigue Saint Paul

1- Selon l'Internationale Socialiste, le coup d'Etat du 29 février 2004 et les emprisonnements et exécutions sommaires massifs consécutifs représentent, pour le peuple haïtien,"une opportunité historique de moderniser son pays".

2- L'Internationale Socialiste considère que l'éradication sanglante du parti Lavalas est une "stratégie inclusive" pour laquelle Boniface Alexandre et Gérard Latortue méritent d'être félicités.

3- L'Internationale Socialiste voit avec faveur que le gouvernement et la Minustha font des efforts pour rétablir un climat de sécurité dans le pays. Ces efforts se réduisent en réalité à laisser aux militaires démobilisés le contrôle de vastes régions du pays, à fermer les yeux sur les exactions des policiers encagoulés, à donner la chasse aux militants lavalas.

4- L'Internationale Socialiste croit aussi que bailleurs de fonds et donateurs internationaux doivent mettre rapidement, à la disposition de l’Etat d’Haïti, les millions qu'il attend impatiemment. Je maintiens mon affirmation qu'en des mains criminelles plus d'argent = plus de crimes!

5-L'Internationale Socialiste estime avoir une vue plus objective de la réalité d’Haïti que les gouvernements étrangers qui refusent d'avaliser le coup d'Etat et l'exclusion de la majorité de l'électorat haïtien. Elle se propose de faire pression sur ces Etats. Je préfère la proposition Caricom/Union africaine de dialogue réconciliation au parti pris partisan de l'I.S.

6- L'Internationale Socialiste offre ses services pour observer les élections que les putschistes se proposent d'organiser pour normaliser leur viol de la constitution. C'est donc la grande mode de nos jours. Les élections sont au bout du fusil.

7-L'Internationale Socialiste encourage les partis haïtiens membres de l’Internationale Socialiste, KONAKOM, PANPRA, à fusionner pour donner l'illusion d'une force d'alternance entre l'establishment traditionnel et le mouvement populaire (ou populiste) lavalas. Depuis la chute de duvalier, l'Internationale Socialiste n'a de cesse de vouloir créer son propre parti en Haïti, au mépris de la configuration socio-politique réelle du pays. Qu'importe puisque la dialectique n'est plus ce qu'elle était, face à la rhétorique mondialiste.

Au milieu du massacre, les lavalassiens forts en thème ont l'air de s'égarer dans des histoires présentées comme un débat utile. Les activités militantes urgentes sont laissées de côté. Où sont les organisations et actions travaillant systématiquement et efficacement à alerter l'opinion publique internationale sur le sort des prisonniers politiques, sur les exécutions sommaires planifiées. Où sont les organisations et actions de solidarité avec les victimes de l'éradication sanglante en cours? Chers amis, débattez si vous voulez, mais de grâce faites quelque chose d'utile en même temps!

 


Internationale Socialiste

Déclaration de Port-au-Prince

Réuni à Port-au-Prince, capitale de la République d’Haïti, les 21 et 22 janvier 2005, le Comité de l’Internationale Socialiste pour l’Amérique latine et la Caraïbe, après avoir analysé les données de la conjoncture politique de ce pays, fait la présente déclaration, en vue de soutenir le processus de transition politique en cours.

1. Le Comité constate que le peuple haïtien à travers ses instruments démocratiques, ses partis politiques et d’autres organisations de la société civile, est de plus en plus déterminé pour avancer dans la voie du changement, en profitant de la nouvelle opportunité historique de moderniser son pays.

2. Le Comité prend acte de l’état d’esprit positif exprimé à la fois par le Président de la République, M. Boniface Alexandre et le Premier ministre, Gérard Latortue, de continuer leur politique en vue de mettre en confiance les différents secteurs, en appliquant une stratégie inclusive, vis-à-vis de tous les partis politiques décidés à contribuer au processus de transition en marche.

3. Le Comité accueille favorablement les témoignages de plusieurs personnalités, relatifs au fait que le gouvernement d’Haïti, soutenu par la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), fait des efforts pour rétablir un climat de sécurité dans le pays.

4. Le Comité demande aux bailleurs de fonds et donateurs internationaux d’honorer avec plus de célérité les engagements financiers pris à la réunion de Washington en juillet 2004, en mettant à la disposition de l’Etat d’Haïti, les montants indispensables à l’exécution en urgence, notamment des travaux d’infrastructure susceptibles d’avoir des incidences durables et positives sur l’évolution économique et sociale de ce pays, récemment frappé par des calamités naturelles qui ont aggravé sa pauvreté déjà intolérable.

5. Le Comité s’engage à poursuivre sa solidarité avec le peuple haïtien, en aidant les gouvernements amis, à travers le monde, à et des efforts entrepris pour garantir à son peuple un avenir meilleur.

6. Le Comité promet, dans le respect des lois haïtiennes, et des dispositions du Conseil électoral provisoire, de jouer un rôle d’observateurs attentifs dans le processus électoral durant l’année 2005.

7. Le Comité encourage les partis haïtiens membres de l’Internationale Socialiste, KONAKOM, PANPRA, à continuer leur stratégie de fusion, en vue de créer dans le meilleur délai, avec d’autres partenaires politiques, notamment Ayti Kapab, un seul grand parti social-démocrate, ce qui leur permettra de jouer un rôle fondamental dans le processus de transformation de la société haïtienne tout en respectant les normes de l’Etat de droit.


17 Janvier 2005

Quelques observations sur la Déclaration

du Conseil de sécurité

À la 5110ème séance du Conseil de sécurité

tenue le 12 janvier 2005

par Pierre Rodrigue Saint-Paul

 

Cette déclaration appelle les observations suivantes:

1 - Le Conseil de sécurité continue d'avaliser le coup d'Etat franco-américain du 29 février 2005. Il ignore les questions posées par un certain nombre d'Etats-membres d'Afrique et d'Amérique, et des Caraïbes, sur cette violation de la charte.

2 - Le Conseil insiste lourdement pour un appui au gouvernement intérimaire, comme moyen de stabiliser la situation. Il se trouve que le gouvernement intérimaire est un des belligérants dans une guerre larvée, en Haïti. Le travail des putschistes étrangers et nationaux est d'appuyer les forces de la revanche.

Le rôle de l'ONU, au contraire, est de tenir un juste équilibre entre ce gouvernement et ses victimes. Tout parti pris alimentera la déstabilisation.

3- Le Conseil se félicite des opérations militaro-policières brutales dans les quartiers populaires. Est-il normal que les milieux populaires soient traités plus brutalement que les délinquants proches de l'establishment socio-politique. Pourquoi les forces étrangères ne traitent-elles pas les résidents des quartiers populaires comme des interlocuteurs, et non comme des bandits, des mendiants et des assistés?

4 - C'est une honte de parler du respect des droits de l'homme quand des centaines d'exécutions sommaires ne sont pas dénoncées par l'ONU, et des centaines de prisonniers politiques, y compris un ancien premier ministre innocent, sont gardés en otage pendant plusieurs mois? Et une insulte de féliciter le gouvernement de facto d'avoir laissé sortir, provisoirement, trois prisonniers sur un millier d'otages.

5 - Prétendre que le versement des fonds étrangers suffira à résoudre les problèmes, c'est oublier que l'argent, dans des mains criminelles, engendre un plus grand nombre de crimes.

6 - Le Conseil se dit satisfait de la volonté du gouvernement de facto d'instaurer un dialogue national. J'observe que, malgré les tentations de quelques éléments d'y croire, la partie revancharde ne relâche pas sa pression répressive sur sa victime. Elle ne libère pas les prisonniers politiques. Elle continue de couvrir les crimes de ses suppôts. Seule une pression internationale impartiale pourrait débloquer la situation.

7 - De ce fait la participation du Parti Lavalas aux élections semble compromise. On aura droit à une farce, au grand déshonneur de la communauté internationale. Pourtant, dans la situation actuelle, un vrai dialogue, sous une égide honnête, permettrait la négociation de nouveaux équilibres constitutionnels entre les Haïtiens, et de nouveaux aménagements diplomatiques avec la communauté internationale.

Pour traiter le problème de la gouvernabilité il faudrait négocier des mécanismes institutionnels qui interdisent une trop forte domination d'un même bloc politique sur l'Etat, quelque soit l'origine de cette domination, électorale ou de facto. C'est la cause des polarisations observées au fil de notre histoire.

En ce qui concerne la question de la responsabilité internationale de l'Etat d'Haïti, des aménagements diplomatiques négociés devraient remplacer les interventions improvisées et vexatoires dans les affaires du peuple haïtien, qui violent sa constitution et le droit international.

8 - Qui doit négocier? Avec qui négocier? Toutes les parties haïtiennes concernées doivent organiser, en toute indépendance, leur participation aux négociations. Des grandes puissances impliquées, il faut en choisir une qui n'a pas d'expérience coloniale en Haïti, comme médiatrice. Sous l'égide de l'ONU.

9 - Mais si l'improvisation arrogante, les préjugés anti-populaires, les parti pris pro-establishment devaient prévaloir sur la justice, alors, ils ne resteraient plus aux Haïtiens qu'à entamer une longue résistance, jusqu'à ce que les peuples frères du Continent et d'ailleurs volent à notre secours.


Déclaration

du Conseil de sécurité des Nations Unies -

12 janvier 2005

Déclaration du Président du Conseil de sécurité À la 5110 e séance du Conseil de sécurité, tenue le 12 janvier 2005, dans le cadre de l’examen par le Conseil de la question intitulée: « La question concernant Haïti »,

le Président du Conseil de sécurité a fait la déclaration suivante au nom du Conseil :

« Le Conseil de sécurité réaffirme le mandat complet de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), tel qu’il a été défini dans les résolutions 1542 (2004) et 1576 (2004) et se déclare pour le maintien de la présence de l’Organisation des Nations Unies en Haïti aussi longtemps que nécessaire.

Le Conseil de sécurité souligne que la réconciliation nationale, la sécurité et le développement économique demeurent la clef de la stabilité en Haïti et, à cet égard, souligne également que l’ensemble des États Membres et des organisations internationales, singulièrement ceux de la région, doivent appuyer le Gouvernement de transition dans cette entreprise.

Le Conseil de sécurité appelle l’attention sur le rôle important joué par la MINUSTAH dans l’instauration d’un climat sûr et se félicite des récentes opérations menées conjointement par la MINUSTAH et la Police nationale haïtienne (PNH), notamment contre tous les groupes armés illégaux. Il fait néanmoins observer qu’il faut prendre de nouvelles mesures d’urgence pour continuer d’améliorer la sécurité.

Le Conseil demande de nouveau à toutes les parties présentes en Haïti de respecter les droits de l’homme et de renoncer à recourir à la violence pour promouvoir leurs objectifs. Le Conseil de sécurité encourage le Gouvernement de transition à créer sans tarder la Commission nationale de désarmement, de démobilisation et de réinsertion, afin de traiter tous les groupes armés, en particulier les anciens membres de l’armée, de façon globale.Il fait observer que toute compensation doit faire partie d’une solution globale et durable.

Le Conseil de sécurité demande de nouveau aux institutions financières internationales et aux pays donateurs de verser sans tarder les fonds qu’ils ont annoncés à la Conférence internationale des donateurs pour Haïti, tenue en juillet 2004.

Il reconnaît que la MINUSTAH, les organismes des Nations Unies, les institutions financières internationales et les États Membres doivent aider le Gouvernement de transition à élaborer et mettre en oeuvre en Haïti des projets de développement, ainsi que des projets à effet rapide.

Le Conseil réaffirme qu’il faut aider le Gouvernement de transition à mettre au point une stratégie de développement à long terme pour Haïti, conformément aux priorités établies dans le cadre de coopération intérimaire.

Le Conseil de sécurité se félicite des mesures prises récemment par le Gouvernement de transition pour libérer certaines personnes détenues sans chef d’accusation ni jugement, et demande au Gouvernement de transition de réviser l’ensemble de ces affaires afin de garantir pleinement le droit d’être jugé équitablement et l’état de droit.

À cet égard, le Conseil invite la MINUSTAH à continuer d’appuyer la formation des autorités judiciaires, policières et pénitentiaires haïtiennes aux droits de l’homme, afin d’assurer le respect des normes et règles internationales.

Le Conseil de sécurité encourage le Gouvernement de transition à continuer de prendre des mesures en vue d’instaurer un processus de dialogue national sans exclusive et de réconciliation et invite tous les acteurs politiques en Haïti à renoncer à la violence et à prendre part à ce dialogue sans tarder. Le Conseil appuie pleinement l’action que la Mission continue de mener pour faciliter cette entreprise.

Le Conseil de sécurité demande au Gouvernement de transition, avec l’aide de la MINUSTAH et de l’Organisation des États américains (OEA), de prendre, dans les meilleurs délais, les mesures voulues pour assurer la tenue en 2005 d’élections équitables et libres débouchant sur le transfert des pouvoirs à des autorités élues, et accueille avec satisfaction les décisions prises récemment par le Conseil électoral provisoire (CEP) aux fins de leur préparation. Il encourage tous les partis politiques ayant renoncé à la violence à participer aux élections.

Le Conseil de sécurité déclare son intention d’organiser une mission en Haïti avant le 1er juin 2005, qui pourrait peut-être être menée en même temps qu’une mission du groupe consultatif ad hoc sur Haïti du Conseil économique et social.

Le Conseil de sécurité exprime sa gratitude aux pays qui fournissent du personnel à la Mission. Il engage les pays concernés à fournir dès que possible des contingents et du personnel de police en nombre suffisant pour atteindre l’effectif autorisé pour la MINUSTAH, en soulignant que l’achèvement rapide de ce processus est indispensable pour continuer d’assurer le succès de l’opération.

Le Conseil de sécurité déclare appuyer sans réserve le Représentant spécial du Secrétaire général en Haïti, Juan Gabriel Valdés, et rend hommage à la MINUSTAH et à l’ensemble de son personnel pour leur action. »


3 Janvier 2005

 

Le débat sur la question du protectorat

selon un article de Carol J Williams, Los Angeles Times, 25 décembre 2004

Certains analystes doutent que Haiti puisse surmonter le chaos et résoudre ses crises. Ils estiment qu'une solution durable est nécessaire. Le débat se développe pour savoir s'il faut placer le pays des Haïtiens sous contrôle international

Dans une note préparée pour les commandants militaires américains à propos des défis sécuritaires en Amérique Latine, Gabriel Marcella de l'US Army War College, avertit que Haïti va vers une implosion et suggère qu'un protectorat international pourrait être le seul moyen de contenir le désastre.

"La violence en Haïti est la conséquence d'un Etat prédateur, d'une culture politique inexistante, d'un effondrement économique et d'une destruction écologique", écrivait Marcella dans sa note de novembre." Des mesures à long terme sont nécessaires, jusqu'à envisager un protectorat pour Haïti sous une coalition régionale conduite par le Brésil, si possible, qui voudrait soutenir une initiative de restauration de 10 ans".

Des intellectuels haïtiens enthousiastes

L'idée du protectorat équivalent à une occupation étrangère a soulevé plus d'enthousiasme parmi des intellectuels haïtiens qu'on aurait pu l'espérer dans l'année même du bicentenaire de l'indépendance de ce pays.

"Les gens sont fatigués et exaspérés. Si vous faites un sondage, 65 à 70 % de la population soutiendrait le protectorat", déclare Claude Beauboeuf. "Des frontières non gardées, une police corrompue et dépassée et des gangs armés impatients de collaborer avec les marchands d'armes et de drogues, pourraient faire de ce pays un terrain fertile pour les terroristes", selon Beaubeuf.

"Haiti n'est pas une menace stratégique pour les Etats-Unis maintenant", poursuit Beaubeuf, "mais nous ne devons pas sous-estimer son potentiel à le devenir."

Des politiciens et historiens ont affirmé que l'une des rares périodes de stabilité en Haïti est celle de l'occupation américaine, 1915-1934, considérée aujourd'hui par bien des gens en Haïti comme un acte de bienfaisance plutôt que d'impérialisme.

"Il y a un fort courant nationaliste dans ce pays à cause de notre histoire, mais au fond les gens sont plus intéressés à de meilleures conditions de vie qu'au concept abstrait de souveraineté", affirme Michel Georges, un exportateur de fruit du Cap Haïtien qui participe à un débat sur internet, avec des universitaires comme Marcella et des éditorialistes de South Florida, sur Haïti.

"La souveraineté n'est pas quelque chose d'absolu. Elle est quelque chose auquel vous devez travailler pour être plus indépendant chaque jour", explique Jean-Claude Bajeux, un activiste des droits humains, selon lequel Haïti est déjà occupée et administrée par des forces étrangères.

Peu d'enthousiasme parmi les étrangers

D'après Daniel Erikson analyste à l'Inter-American Dialogue, un cercle de réflexion basé à Washington, il est douteux que les pays de la mission de l'ONU soient enthousiastes pour ce job. Avec Les Etats-Unis déjà à cours de moyens en Irak, la charge d'Haïti devrait reposer sur les épaules des pays Latino-américains. Mais, "les pays latino-américains dans leur ensemble sont assez mal à l'aise avec cette histoire d'occupation."

Malgré ces réserves, Erikson plaide pour le protecrorat, ne voyant aucune autre planche de salut qu'un engagement plus fort de l'ONU et des puissances occidentales pour réparer les institutions et les infrastructures détruites du pays.

Au sujet du milliard promis à Haïti, il apparait que les donateurs sont réticents à desserrer les cordons de la bourse, parce qu'il est devenu évident que "la communauté internationale sent qu'il n'y a personne en Haïti à qui confier le magot pour l'utiliser de façon responsable à la solution des problèmes douloureux du pays", a confié Erikson.

Adama Guindo, chef du PNUD en Haïti, continue de faire confiance au gouvernement intérimaire dirigé par un ancien officiel de l'ONU, Gérard Latortue, pour réaliser des élections en 2005 et mettre en place un gouvernement légitime qui s'occupera des tâches à long terme de la reconstruction.

Mais personne ne voit comment de bonnes élections peuvent être organisées quand des bandes armées imposent leurs lois sur une grande partie du territoire.

Commentaires sur les avis relatifs au protectorat

Le diagnostic de Mr Marcella semble irréfutable. En réalité ce qu'il présente comme les causes des crises haïtiennes sont les conséquences d'une seule cause, à savoir " la pérennité d'un archaïque système d'injustice qui interdit à la grande masse des Haïtiens de jouir des droits fondamentaux de la personne et des droits constitutionnels de citoyens d'une république que Haïti est censée être".

L'Etat prédateur, dont parle l'analyste américain, n'est pas une abstraction fatale. Il incarne les intérêts de groupes oligarchiques qui profitent de cet apartheid. C'est ce système d'injustice qui alimente la violence endémique et multiforme de la société haïtienne.

Donc, si le protectorat vient conforter ce système, en appuyant ces oligarchies irresponsables, il échouera, car il aura manqué sa cible. Si, au contraire, la communauté internationale choisissait de se tenir du côté de la justice, pour la jouissance des droits fondamentaux, pour l'exercice des droits constitutionnels, pour tous, sans apartheid, elle recevrait un fort soutien populaire.

Aucune tâche, aucun défi, n'est au-dessus des capacités d'un peuple mobilisé, dont les droits de tous et de chacun sont protégés par les mêmes lois et mêmes institutions. Ni la construction de l'Etat de droit, ni la relève de l'économie, ni la restauration de la biodiversité.

Les propos des commentateurs haïtiens sur cette affaire m'apparaissent plutôt légers. Beauboeuf, Michel Georges et Bajeux opposent la souveraineté aux meilleures conditions de vie. Je ne vois aucune incompatibilité entre la dignité et la prospérité. Au contraire. Les Etats-Unis, pays le plus prospère au monde, est bien le plus "patriote".

Et contrairement à ce que raconte Beauboeuf, sur le prétendu potentiel terroriste, c'est ce pays qui attire le plus les terroristes. Comme je le dis plus haut, si les protecteurs ne se tenaient pas du côté de la justice, au lieu de bénéficier de 65 à 70 % d'opinions favorables, comme le promet Beauboeuf, leur entreprise ne réussirait pas. Ils seront obligés de patauger dans le sang des pauvres. Si au contraire, ils acceptaient de lutter contre l'injustice, tout serait plus facile, pour eux et pour Haïti.

Pierre Rodrigue Saint-Paul


3 Janvier 2005

Le Président provisoire B. Alexandre tend la main

à la communauté internationale

Le Président provisoire haïtien, Boniface Alexandre, a demandé à la communauté internationale de concrétiser ses promesses d'aide envers Haïti durant l'année 2004. Il est « pénible de constater que l'aide promise ne se concrétise pas », a-t-il déploré.

Il a annoncé que des émissaires de haut rang seront dépêchés en Afrique du Sud, auprès de la Communauté des Caraibes (CARICOM) et au Vénezuela pour leur expliquer, selon Alexandre, que l'amitié envers Haïti doit passer avant tout. « Nous avons besoin de leur solidarité », a-t-il renchéri.

Alexandre a invité l'ancien Président à appeler ses partisans à cesser la violence et à contribuer à la paix. « Nous avons trop tardé à nous mettre autour de la table de la fraternité », a affirmé Alexandre, qui annonce des dispositions en direction des secteurs haïtiens et étrangers à la recherche de la paix en Haïti en vue de la réalisation des prochaines élections, prévues pour fin 2005.

Sur le terrain, les jours et les mois à venir seront « difficiles », en raison de la perspective électorale, a reconnu Alexandre. Il a appelé les éventuels candidats à faire primer les intérêts nationaux sur leurs intérêts particuliers. Pour Alexandre, un « vrai dialogue » sera nécessaire en vue d' « apaiser la transition ».

Il a promis que des enquêtes seront conduites sur les violations des droits humains commises par les agents de la police dans l'exercice de leur profession. Les cérémonies des Gonaives, qui se sont déroulées en présence du Premier Ministre Gérard Latortue, du Président de la commission officielle de célébration du bicentenaire d'Haïti, l'ancien Chef d'État Leslie Manigat et du corps diplomatique, n'ont pas bénéficié de la présence de la grande foule (200 personnes). (Source : Alterpresse 01/01/2005)

Le président intérimaire n'a pas dit un mot en faveur de la libération de la pléthore de prisonniers politiques illégalement gardés en otage dans les différentes prisons du pays.Ce silence en dit plus long que tous les grands discours!

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